Skip to content

Décroissance, emploi et… réduction du temps de travail

Décroissance, emploi et… réduction du temps de travail published on Un commentaire sur Décroissance, emploi et… réduction du temps de travail

Dans ce document le mot croissance désigne la croissance de la production de biens voire de services.

Les chiffres en exposant sont des liens vers les notes et références du bas de cette page.

Les relations entre croissance et emploi

Il est naturel de penser que la hausse de la production favorise la création d’emplois, c’est ce que nous répète la plupart des personnalités médiatiques1 et que Arthur Okun a énoncé en 1962 (voir annexe 1 au bas de cette page).

Par conséquent, la décroissance serait-elle destructrice d’emplois ?

Comme nous allons le voir, ce n’est pas certain car il y a d’autres pistes que la croissance pour maintenir les emplois et réduire le taux de chômage. En effet, le nombre d’emplois ne dépend pas que du niveau de la production, mais aussi :

  • de la population active : nombre de personnes sur le marché du travail ;

  • de la productivité globale, incluant les machines ;

  • de la durée du travail : hebdomadaire, annuelle, sur la vie.

La population active (ayant ou recherchant du travail) est à comparer à l’ensemble de la population (consommateurs). Depuis une quarantaine d’années, on compte entre 4 et 6 actifs pour 10 habitants2.

Une étude de l’INSEE « La population active en métropole à l’horizon 2030 : une croissance significative dans dix régions »3 envisage une augmentation significative de la population active dans un proche avenir. Cela est attribué, en partie, à l’allongement de l’âge de départ en retraite qui, au passage, augmenterait le taux d’activité.

Il est donc assez clair que de ce côté, on ne va pas dans le sens de la diminution du chômage.

Après une hausse de gains de productivité de l’ordre de 3 % annuelle, jusqu’en 2008, la productivité stagne4 aux alentours d’un apport au PIB de 60 $US par heure travaillée (voir annexe 2 au bas de cette page).

Toutefois, dans les circonstances actuelles, il ne faut pas s’attendre prochainement à des gains de productivité très négatifs.

Cependant, on peut considérer qu’une amélioration de la qualité des biens produits entraînera, outre l’augmentation de leur longévité, une diminution de la productivité car la production de ces biens nécessitera plus de temps de travail. Il est de même en ce qui concerne l’amélioration de la qualité des services.

Donc à côté de l’amélioration de la qualité des biens et des services qui est un élément de décroissance, la diminution du temps de travail reste un mécanisme efficace pour lutter contre le chômage.

Réduire le temps de travail

Actuellement la durée légale du travail est fixée à 35 heures par semaine5. Soit, en prenant en compte 5 semaines de congés et les jours fériés, à 1607 heures par an.

Toutefois certains travaillent plus (heures supplémentaires), d’autre moins (temps partiel). L’OCDE estime la durée annuelle moyenne du travail à 1482 heures en 20156.

Pour bénéficier d’une retraite à taux plein, un salarié (né après 1972) doit avoir cotisé durant 43 ans. On est donc à près de 70 000 heures de travail dans une vie.

La baisse de la durée du travail est une tendance historique

Dès le milieu du 19ème siècle la réduction du temps de travail fut une revendication. Le décret du 2 mars 1848 indique : « considérant qu’un travail manuel prolongé, non seulement ruine la santé du travailleur, mais encore, en l’empêchant de cultiver son intelligence porte atteinte à la dignité de l’Homme. Le gouvernement provisoire de la République décrète : la journée de travail est diminuée d’une heure, en conséquence à Paris, où elle était de 11 heures, elle est réduite à 10, et en province, où elle avait été jusqu’ici de 12 heures, elle est réduite à 11. »7

Le repos dominical est rendu obligatoire en 1906 et en 1919 est instituée la journée de 8 heures sur une base de 6 jours de travail hebdomadaire, soient 48h par semaine.

Le Front populaire décrète la semaine de 40 heures et les deux semaines de congés payés, mais le gouvernement Daladier opère une marche arrière avec la possibilité de semaine de 60 heures. A la libération de la France on revient aux quarante heures avec une possibilité de dépassement d’horaire afin d’opérer la reconstruction. En fait, les 40 heures effectives arrivent dans les années 1960. La 3ème semaine de congés payés est instaurée en 1956 et la 4ème en 1968.

L’accession au pouvoir de François Mitterrand en 1981 s’accompagne des 39 heures hebdomadaires, de la 5ème semaine de congés payés et de la retraite à 60 ans.

Un recul avec le gouvernement Balladur qui impose aux salariés du privé une durée de cotisation de 40 années contre 37,5 précédemment pour obtenir une retraite à taux plein. Mais celui de Lionel Jospin met en place la semaine de 35 heures par les lois Aubry.

Ensuite, la tendance s’inverse : les 35 heures sont menacées par les heures supplémentaires, un jour férié est supprimé, la durée de cotisation pour la retraite est encore augmentée et l’âge pour la prendre prolongé de deux ans.

Le graphique suivant8 montre que la baisse historique de la durée du travail a pris fin au tournant du 21ème siècle.

Et ce graphique ne prend pas en compte le nombre d’années de travail. Sur ce point, certains ont justifié l’allongement du moment du départ en retraite par l’augmentation du temps de vie ; ce prétexte est contestable, en effet bien que l’espérance de vie ait augmenté au cours du temps, l’âge de fin d’activité a diminué9.

L’augmentation de l’âge de départ en retraite est en réalité une mystification car beaucoup de salariés sont licenciés avant et, du fait de leur âge, ne retrouvent pas de travail.

Au sujet de la loi sur les 35 heures

Cette loi a été décriée par les conservateurs et les réactionnaires. Depuis 2002, les différents gouvernements n’ont cessé d’assouplir cette loi, notamment par le biais des heures supplémentaires (exemple : leur défiscalisation dans la loi TEPA de 2007).

Le reproche principal concerne la compétitivité de notre pays face aux autres10. Mais ceci n’est pas un problème car la compétitivité dont il est question est liée au PIB, or le PIB est loin de mesurer le bien être des habitants du pays11.

Pourtant selon l’INSEE : « En cherchant un équilibre entre baisse de la durée du travail, modération salariale, gains de productivité et aide de l’État, le processus de RTT a conduit, selon les estimations, à un rapide enrichissement de la croissance en emplois de près de 350 000 postes sur la période 1998-2002, et ceci, sans déséquilibre financier apparent pour les entreprises. »12

En toute logique une réduction du temps de travail qui fut de 4 % aurait dû produire une réduction de la production de la même valeur. Ce ne fut pas le cas car cette réduction du temps de travail s’est accompagnée d’une réorganisation dans les entreprises qui a amené des gains de productivité supérieurs à ceux escomptés en temps normal13.

Cette réduction du temps de travail (RTT) a donc été un moyen, au demeurant assez modeste, de réduction du chômage. Et comme le souligne l’INSEE, elle n’a mis en péril ni nos entreprises, ni notre économie ; il faut chercher ailleurs la cause des récriminations de nos conservateurs.

Il semble probable que cette cause soit la diminution du chômage. En effet, bien que les discours de tous bords cherchent à promouvoir cette diminution, les leviers pour agir sont nombreux : la RTT, ici, en est un exemple ; nous avons évoqué aussi l’amélioration de la qualité des productions qui, en diminuant la productivité, crée de l’emploi. La baisse du chômage est un problème pour les dirigeants d’entreprises et leurs actionnaires car le chômage est un outil intéressant pour le chantage à l’emploi et pour la pression sur les salariés.

La réduction du temps de travail est bénéfique

Bénéfique pour les entreprises

En effet, en travaillant moins, on peut estimer que les salariés seront en meilleure forme pour :

  • être plus efficaces et productifs,

  • être moins en congé de maladie,

  • avoir moins d’accidents du travail.

Bénéfique pour le travailleur

Plus de temps libre, donc :

  • moins de stress,

  • une meilleure santé,

  • du temps pour participer à d’autres activités,

  • du temps pour se cultiver, s’instruire,

  • du temps pour s’occuper de sa famille, de ses enfants,

  • du temps pour un meilleur partage des tâches au foyer.

Bénéfique pour la société

Les temps libérés permettent, on l’a vu, au citoyen d’être mieux reposé, de s’instruire, de participer et de ne pas être « abruti » par le travail. Il peut ainsi participer de meilleure façon et plus souvent à la vie de la société ; d’une part en y renforçant l’expression démocratique, d’autre part en mettant ses compétences au service des autres.

Brève conclusion

On vient de le voir, on peut maintenir et créer des emplois sans augmenter la production. La lutte contre le chômage ne passe pas nécessairement par la croissance. Nous savons que la croissance de la production est dévastatrice, tant au niveau écologique qu’au niveau social : l’actualité nous le rappelle constamment.

Une décroissance de nos productions est donc nécessaire, elle peut être réalisée en augmentant la qualité de nos biens et services produits et par une réduction importante de la durée du travail. Celle-ci permettra à tout un chacun de maintenir sa place dans la société tout en participant à son amélioration.


Annexes

 

Annexe 1 : loi d’Okun

Sources
https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_d’Okun
http://www.afep.com/uploads/medias/documents/Flash_eco_0114-Croissance_et_chomage_quelles_interactions.pdf

ΔTU= -k(TC – s)

Avec
ΔTU : variation du taux de chômage ;
k : coefficient d’Okun ;
TC : taux de croissance ;
s : seuil critique.

« k » renvoie à l’élasticité du taux de chômage par rapport au taux de croissance.

« s » est le niveau du taux de croissance pour lequel le chômage est stable : au dessous le chômage augmente, au dessus il diminue. Il est la somme des variations de la population active et de la productivité.

Exemples

Graphique taux de chômage /PIB
Croissance du PIB et évolution annuelle du taux de chômage en France entre 1970 et 1989 (Source Wikipedia : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Okun70.png?uselang=fr)

On estime qu’en France, actuellement, le seuil critique est de l’ordre de 2 % et le coefficient de 0,5714. Cela signifie que si le taux de croissance de la production est de 3 %,le taux de chômage diminue de 0,57 points.

Annexe 2 : productivité

En France, PIB par heure travaillée en USD constants PPA de 2010, à partir des données de statistiques OCDE :
http://stats.oecd.org/Index.aspx?lang=fr&DataSetCode=PDB_LV


Notes et références

1 Europe  1 : « F. Hollande mise sur 1,6% de croissance et au moins 200.000 créations d’emplois en 2016 »
http://www.europe1.fr/economie/hollande-mise-sur-16-de-croissance-et-au-moins-200000-creations-demplois-en-2016-2786101

4 Blog de JeanGadrey : « Robert Gordon et la fin de la croissance : stimulant mais partiel »
http://www.alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/2012/10/14/robert-gordon-et-la-fin-de-la-croissance-stimulant-mais-partiel/

7 Cité par Alain Chatriot dans « L’évolution de la durée du travail depuis 1841 à nos jours » page : 11
http://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/volution_de_la_duree_du_travail-2.pdf

12 « Les effets de la RTT sur l’emploi » introduction http://www.insee.fr/fr/statistiques/1376464?sommaire=1376476

13 Cf : supra, haut de la page 22 du PDF.

Un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Primary Sidebar

Secondary Sidebar