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Excellent débat : “Numérisation, toute puissance technologique : oser rester humain”

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Attac-Isère et Attac-Nord-Isère ont organisé trois rencontres/discussions avec Geneviève Azam, universitaire (économie, social, climat, …), membre du Conseil scientifique  et ex porte parole d’ATTAC-France,qui a publié entre autre, “Osons rester humain” en 2015 et Claude Rouge, artiste, écrivain, engagé dans les mouvements citoyens autour du Pin (38), qui vient de publier “L’homme qui ne marche plus“.

Ces rencontres publiques se sont tenues à Grenoble (maison des associations) le 29 septembre, puis à Voiron (maison des associations) et à la Tour-du-Pin (MJC) le 30 septembre 2017, avec le concours de la Librairie Nouvelle de Voiron et La Belle Histoire de La Tour-du-Pin.

Ces rencontres très riches, ont été  l’occasion de réfléchir et d’échanger sur l’envahissement de nos quotidiens par le “numérique”, sur l’emprise croissante des technologies dans nos vies, sur leur dangers et sur les manières de les adapter, les maitriser .. de “rester humain” sans se couper des apports et améliorations techniques.

Voici quelques uns des propos tenus par les deux intervenants à la Tour :

Claude Rouge présente son dernier livre, l’Homme qui ne marche plus : il s’agit d’une fiction romanesque, le personnage principal Philippe Médian, élevé selon le principe du pot à eau … à placer au milieu de la table pour qu’il ne se renverse pas, donc pour vivre tranquille, il convient de ne pas aller sur les bords… et Philippe obéit et construit sa vie comme cela…il est comptable, fait des tableaux, de l’informatique… jusqu’à une situation de mal-être… jusqu’au jour où il croque un tout petit oignon blanc et vit une révélation… et quelques heures plus tard il éclate son smartphone et c’est l’amorce d’un burn-out technologique…

Lecture du passage ou M. Médian passe un entretien préalable à son licenciement avec son directeur des ressources humaines, … 

C’est le début d’une dégringolade, licenciement, rupture avec ses proches…

Deuxième passage ou Philippe fracasse le pot à eau et part de chez lui…

Puis il part en Crête, rencontre un suisse qui a aussi vécu un burn-out technologique 20 ans auparavant…

Troisième passage sur le rôle prépondérant pris par la machine… une addiction…

Sur la fin du livre, il est beaucoup question du temps, la phrase “Le temps Philippe, le temps”, c’est là que se trouve la clé.

Geneviève Azam :  je vais essayer de me présenter un peu plus pour expliquer l’origine de mon livre …, je suis économiste, à la retraite… j’ai suivi l’évolution d’Attac, et suis sensible aux questions dites écologiques, pas portées initialement par Attac… après de longs débats et depuis 2006 Attac est habilité pour suivre les négociations climatiques (COP) ,  j’interviens pour la France auprès du GIEC  (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat)

Le titre initial de mon livre devait être “l’âge de la fragilité,  sous titre : les impasse” de la toute puissance”

… il faut donc se former et nous organisons des sommets citoyens ou des peuples où se rencontrent tous ceux qui luttent pour une justice climatique… et cela veut aussi dire désigner les responsables… on est devant une difficulté immense : on a un savoir immense et depuis 30 ans nous entendons de mieux en mieux les scientifiques qui nous disent ce qu’ils savent, donc nous savonsmais la question majeure est de passer du savoir au croire, ce qui est nécessaire pour passer à l’action… certains nient ce savoir, nous savons mais nous ne croyons pas assez pour nous engager et agir de manière individuelle et collective… nous devons trouver une autre façon de raconter ce que nous savons… les graphiques et rapports accroissent le savoir, mais ne permettent pas la croyance, et c’est pourquoi je remercie le travail de Claude Rouge, avec la fiction littéraire, on est capable de créer un réflexe de sensibilité, l’approche par la sensibilité est essentielle

Ce qui me semble nouveau, c’est que l’humanité ne va plus de soi… la vie tout court ne va plus de soi, on le savait que c’était pas pour l’éternité, mais ce n’était pas à l’échelle humaine, et maintenant c’est à notre échelle… et donc, comme le souligne Claude à la fin de son livre et de son intervention, c’est bien la question du temps, à nous ré-approprier… on oublie la temporalité … mon livre est pour résister à cela… il est orienté sur un point essentiel de la perte de la réalité du monde, un rapport particulier avec la nature depuis le 16° siècle,  certains pensent que l’humain est au centre de l’univers, que tout tourne autour avec l’humain au sommet, donc un humain déifié, la nature dé-sacralisé par la rationalité, donc pour eux l’humain serait le dieu créateur, capable de refaire la nature, une gènèse… il modifie la planète ; c’est un processus occidental : une séparation de l’homme et  de la nature, et même dans la tradition de la gauche y compris chez Marx. Les peuples proches de la nature sont considérés comme sous développés. C’est la vision occidentale qui domine, qui considère la terre comme extérieure, un objet mort, le magasin de la nature où on se sert… mais nous sommes aujourd’hui confronté à une fragilité, nous qui devions maitriser de plus en plus de choses… et le monde nous échappe, ; fragilité des écosystèmes : appauvrissement des sols,  dépendances énergétiques terribles, l’eau, les glaciers des Alpes qui fondent (réservoirs d’eau qui disparaissent), fragilité des personnes, … ; nous qui nous croyions tout puissant, on pensait pouvoir tout maitriser , on est face à une honte prométhéenne, le monde nous échappe, cela touche tout le monde même si les pauvres sont plus fragiles, les plus touchés.

Face à cela,comment faire pour résister ? Partir de la réalité du monde :

deux voies sont devant nous :

La première, celle qui nous anime, est de prendre acte de la fragilité, la reconnaitre comme notre condition, nous devons apprendre à accepter les limites de cette terre, la liberté n’est pas l’absence de limites, (un enfant qui n’a pos de limite ne sera pas libre),  certaines limites ne sont pas négociables, je ne peux pas créer du pétrole… Il faut donc cultiver la fragilité, ralentir, re-créer de la relation. De nombreuses expériences existent. Dans l’agriculture, travailler avec la nature qui nous apparait souvent comme radicalement extérieure et parfois dangereuse.

La deuxième voie, dominante, est celle de la toute puissance, qui consiste à dire qu’on n’est pas encore allé assez loin, qu’on n’est pas assez modernisé, qu’il faut moderniser la modernité… c’est une fuite en avant, avec l’idée qu’on est encore trop émotif, qu’il faut être plus rationnel… 

Et donc dans les négociations internationales sur le climat, il se dit que les politiques n’y arriveront pas, et que la solution est donc la techno-science, la géo-ingénierie, on imagine des solutions pour refroidir la terre,  il y a des expérimentations… on est tout prêt de les tester en grandeur réelle malgré les inquiétudes, les moratoires… des projets d’augmentation de l’homme… avec les nano-technologies, les neurosciences… et cela ne choque plus maintenant, ce sont des idées admises… tout devient artifices, y compris nous, même s’il y a des résistances du coté des religions.

Ce qu’il faut contester, ce sont les techniques qui tendent à modifier la nature, à ré-écrire la nature… la question de l’éternité…

 

 

 

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